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Depuis plus d’un siècle, on prĂ©sume que la vie est apparue dans un milieu liquide, il y a 4 milliards d’annĂ©es. Une eau sans doute, salĂ©e, soufrĂ©e, brĂ»lante. Puis des terres ont Ă©mergĂ©, de l’eau douce s’y est dĂ©posĂ©e, des Ă©cosystèmes très divers se sont créés.
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Mais au tout début, quel était précisément le milieu de nos origines ?
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Le physiologiste RenĂ© Quinton, brillant esprit du dĂ©but du siècle, a avancĂ© des thĂ©ories qui ont gardĂ© toute leur valeur, tant au plan de l’Evolution qu’au plan ThĂ©rapeutique.
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Dans la « soupe primitive » des ocĂ©ans de notre terre, lorsque les premiers acides aminĂ©s, assemblĂ©s sur place ou apportĂ©s par des astres ou des comètes, ont rĂ©ussi Ă se protĂ©ger Ă l’ abri d’une membrane biotique, la vie terrestre commençait son Ă©lan.
Dès lors se dĂ©veloppèrent pendant deux milliards d’annĂ©es des micro-organismes sans noyau, les procaryotes, qui occupèrent tous les Ă©cosystèmes possibles sur notre Terre encore jeune et que nous dĂ©couvrons maintenant Ă©merveillĂ©s, Ă travers les « bactĂ©ries de l’extrĂŞme« .
Par assemblages successifs et collaborations diverses entre eux, ces procaryotes se sont modifiés pour créer un nouveau type de cellules plus complètes, plus autonomes : les eucaryotes, possédant un noyau et des chromosomes à ADN, des mitochondries riches en enzymes respiratoires.
LĂ encore, des coĂ©volutions ont permis la crĂ©ation d’organismes vivant en symbiose, comme les lichens (algue + champignon), et les premiers ĂŞtres pluricellulaires vĂ©gĂ©taux (nostocs) ou animaux (coelentĂ©rĂ©s).
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Ces « animaux » primitifs apportent une innovation très importante: de mĂŞme que « l’invention » des membranes permit Ă des molĂ©cules de s’ abriter dans le milieu intĂ©rieur intracellulaire, les cĹ“lentĂ©rĂ©s dĂ©veloppent deux tissus Ă©pithĂ©liaux (ectoderme protecteur et endoderme digestif) qui enserrent un milieu intĂ©rieur (liquide cĹ“lomique) nourricier et vital, qui correspond grosso-modo au liquide marin extĂ©rieur, mais dont l’ organisme devra organiser l’invariance malgrĂ© les changements des conditions extĂ©rieures: la fixitĂ© du milieu intĂ©rieur est la condition d’ une vie libre et indĂ©pendante.
C’est alors que se met en route (il y a 500 millions d’annĂ©es) un dĂ©veloppement extraordinaire, un foisonnement d’espèces nouvelles sur lesquelles on ne sait pas grand choses, qu’on a nommĂ© « explosion cambrienne« .
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Soudain apparaissent des « monstres » aux formes diverses, avec parfois 5 yeux, une trompe frontale, une mâchoire circulaire, des plaques d’Ă©cailles ou d’Ă©pines. Jamais la Nature n’a eu autant d’imagination.
Quelques catastrophes plus tard (comètes, astĂ©roĂŻdes, volcanisme…), ne survivent que des animaux qui nous sont plus familiers: les invertĂ©brĂ©s, vaste fourre-tout dont les reprĂ©sentants ont d’emblĂ©e trouvĂ© des solutions de survie très efficaces, et qui ont peu Ă©voluĂ© jusqu’ Ă nos jours, et les vertĂ©brĂ©s qui Ă partir des poissons ont donnĂ© lieu aux batraciens, aux protomammifères, aux reptiles, aux dinosaures et aux oiseaux…
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Comment expliquer cette capacité soudaine, entre deux catastrophes où périssent 95 % des espèces, des organismes à muter et à évoluer pour acquérir très vite des caractères nouveaux et favorables ?
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La théorie darwinienne du gradualisme (des dizaines de mutations successives, sanctionnées en permanence par la sélection naturelle), ne peut expliquer des évolutions aussi brutales.
On a rĂ©cemment mis en avant l’importance des protĂ©ines de stress et en particulier l’ HSP 90, une protĂ©ine dont le rĂ´le est de protĂ©ger (d’oĂą le nom de « protĂ©ine chaperon« ) les autres protĂ©ines de la cellule, en particulier les protĂ©ines en formation, donc avec plus d’acuitĂ© au cours de l’embryogĂ©nèse.
Et l’on s’est aperçu qu’une mutation du seul gène de l’ HSP 90, en dĂ©naturant cette protection des protĂ©ines en formation, pouvait permettre d’un seul coup des dizaines de modifications structurelles sur l’embryon, pour obtenir en une gĂ©nĂ©ration un organisme, entièrement nouveau.
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Et l’on arrive Ă un nouveau paradigme rĂ©volutionnaire : la rĂ©troaction de l’environnement (chaleur, UV, aciditĂ©…) pour faire Ă©voluer les espèces s’exprimerait, non pas sur le patrimoine gĂ©nĂ©tique, mais sur son expression.
Une seule mutation de HSP 90 (ou de toute autre protĂ©ine de stress) peut entraĂ®ner des modifications de structure de dizaines d’enzymes, donc des centaines de restructurations tant morphologiques que physiologiques.
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En un mot, la gĂ©nĂ©tique, dans certaines conditions, laisse la place Ă l’action du milieu.
Cette notion est fondamentale, archi-importante. En effet, laissons Lyssenko au placard, mais ouvrons les yeux : toute cette nĂ©oscience qui veut imposer la thĂ©rapie gĂ©nique ou le transgĂ©nique, donc la modification des espèces ou des individus par l’action des gènes, peut se trouver bientĂ´t le bec dans l’eau : oui, on peut agir sur l’élaboration des protĂ©ines sans utiliser la quincaillerie gĂ©nique !
Mais revenons Ă nos protĂ©ines de stress : leur action est maximale lorsque la tempĂ©rature augmente, mais dans la limite de la viabilitĂ© de la cellule qui l’hĂ©berge.
Dans les organismes vivants, on sait que la tempĂ©rature lĂ©tale est de l’ordre de 43°, qu’elle ait pour origine une forte fièvre (rĂ©action continue due Ă des cytokines et des prostaglandines) ou des conditions extĂ©rieures Ă©prouvantes.
Retenons bien ce chiffre de 43°. C’est le chiffre annoncĂ© en 1904 pour dĂ©finir les conditions d’apparition de la vie dans le berceau marin, par RenĂ© Quinton. Au cours d’une aventure scientifique et mĂ©dicale peu connue (ou tout au moins oubliĂ©e), que nous allons dĂ©tailler.
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RenĂ© Quinton est nĂ© en 1866 au sein d’une famille aisĂ©e et cultivĂ©e. Son père, mĂ©decin dans la bourgade de Chaumes en Brie, le pousse Ă des Ă©tudes scientifiques.
Mais en ces annĂ©es de « Belle Epoque « , avec pour maĂ®tre un Flaubert ruisselant de talent et de savoir, RenĂ© Quinton penche pour une activitĂ© littĂ©raire.
Et de fait, pendant plusieurs annĂ©es, il Ă©crit de nombreux textes, pièces ou romans, dont aucun n’est Ă©ditĂ©.Â
RenĂ© Quinton se cherche. Il n’a pas encore trouvĂ© l’exutoire Ă la somme des connaissances qu’il a accumulĂ©es, dans la tradition des « honnĂŞtes hommes » du XVIIème, ou des encyclopĂ©distes du XVIIIème siècle…
Et puis, comme bien souvent, un évènement totalement imprévu, un fait du hasard, comme la pomme de Newton ou la marmite de Papin, fera basculer René Quinton dans une aventure scientifique passionnante.
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Tout est parti d’une vipère.
En 1895, au cours d’un sĂ©jour dans la propriĂ©tĂ© familiale de Bourgogne, RenĂ© Quinton se voit remettre par un paysan une vipère engourdie par le froid, et qui peu Ă peu recouvre son activitĂ© grâce Ă la chaleur du salon.
Pour RenĂ© Quinton, l’observation de ce phĂ©nomène constitue une rĂ©vĂ©lation: ce n’est pas logique que la Nature ait créé des organismes pour dormir.
Si la vipère hiberne Ă la saison froide, c’est que son organisme ne peut pas rĂ©agir Ă une baisse de tempĂ©rature.
Cela signifie Ă©galement que l’apparition sur cette terre des reptiles a eu lieu dans un climat chaud constant.
Renseignement pris, la palĂ©ontologie corrobore cette intuition, les reptiles sont apparus Ă l’Ă©poque primaire, la tempĂ©rature du globe Ă©tant Ă©levĂ©e et constante, les saisons n’existant pas.
Et RenĂ© Quinton imagine alors une Ă©popĂ©e de la Terre, depuis les premiers organismes jusqu’ Ă l’Homme, et il en Ă©crit la synthèse dans un mĂ©moire qu’il dĂ©pose Ă l’Institut, sous le titre » les deux pĂ´les foyers d’origine : origine australe de l’Homme. »
En quelques feuillets, RenĂ© Quinton dĂ©taille sa vision de l’aventure du Vivant sur notre planète.
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La Terre, primitivement boule en fusion, se refroidit peu Ă peu au niveau des pĂ´les, et cette tempĂ©rature qui s’abaisse graduellement aux deux extrĂ©mitĂ©s de la sphère, met en place les conditions biotiques, celle oĂą la vie peut s’Ă©panouir.
Pour RenĂ© Quinton , la Vie tourne autour d’un chiffre: 43°.
Intuition pure ou dĂ©marche raisonnĂ©e ? Nous verrons qu’il n’Ă©tait sĂ»rement pas loin du vrai.
Revenons Ă nos reptiles: dans la vision de RenĂ© Quinton , la zone tempĂ©rĂ©e et biotique comporte deux couronnes qui se rapprochent graduellement de l’Ă©quateur, alors qu’en arrière, dĂ©jĂ les pĂ´les se refroidissent.
Dans cette zone, les processus vitaux se dĂ©veloppent avec une force qu’on ne verra plus par la suite : selon la loi de Van T’hoff, les rĂ©actions biologiques croissent très vite avec la tempĂ©rature, jusqu’ Ă une limite vitale qui est la dĂ©naturation des protĂ©ines.
Ainsi, Ă 41°, les rĂ©actions sont 1 fois et demi plus actives qu’Ă 37° (d’oĂą l’intĂ©rĂŞt physiologique et thĂ©rapeutique de la fièvre).
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La limite vitale dĂ©pend beaucoup du degrĂ© d’hydratation du milieu. En atmosphère sèche, on peut prendre un « coup de chaleur » mortel Ă 35°, alors qu’en atmosphère saturĂ©e, on survit jusque vers 43° !
Et Ă partir de 40°, on commence Ă voir se dĂ©naturer nos fameuses protĂ©ines de choc, ce qui laisse la voie libre Ă une frĂ©nĂ©sie de modification des protĂ©ines de tous organismes, donc un grand coup d’accĂ©lĂ©rateur dans l’Evolution.
Dans le cadre de la progression insensible de ces deux couronnes biotiques vers l’Ă©quateur, que deviennent les organismes lorsqu’ ils sont rejoints par le froid qui, en arrière, s’installe sur les pĂ´les ?
Selon Quinton, la vitalitĂ© des ĂŞtre vivants commence Ă diminuer, avec la baisse de leur tempĂ©rature intĂ©rieure, c’est ce que l’on va observer chez les batraciens, chez les reptiles, chez les premiers mammifères.
Pour les dinosaures, on ignore tout, mais l’Evolution crĂ©e chez certains organismes (les mammifères et les oiseaux) une capacitĂ© nouvelle: l’homĂ©othermie, ou capacitĂ© de crĂ©er de la chaleur, de maintenir la tempĂ©rature des tissus au dessus de celle du milieu ambiant.
Or, les mammifères comme les oiseaux, n’apparaissent sur la planète qu’après les reptiles et les batraciens.
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RenĂ© Quinton pose donc l’hypothèse que la tempĂ©rature est un des grands moteurs de l’Evolution, avec pour critère fondamental la vitalitĂ© cellulaire et donc la consommation d’oxygène.
Il cherche alors à étayer cette hypothèse, et se lance dans de nouvelles études en zoologie, afin de vérifier si la température basale des animaux vient corroborer sa théorie.
Mais alors comment situer les primates, dont l’Homme, leur chef de file, en retrait dans l’Evolution par rapport aux oiseaux ?
De fait, les primates sont arrivĂ©s sur Terre avant les carnivores, et avant les ongulĂ©s, et ceci au dĂ©but de l’ère secondaire, alors que les premiers oiseaux apparaissent seulement au crĂ©tacĂ©, c’est Ă dire en fin d’ère secondaire. Il s’en faut simplement de 100 millions d’annĂ©es !
Parallèlement RenĂ© Quinton doit prouver qu’une tempĂ©rature basale Ă©levĂ©e, est une qualitĂ© vitale qui donne en quelque sorte une « plus value » Ă l’organisme.
Aussi refait-il les expériences de Jolyet, au cours desquelles des lapins (température physiologique 39°) meurent par inoculation de germes du charbon, sauf si on les maintient en étuve à 42 ou 43° !
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Au mĂŞme moment, de nombreux mĂ©decins prĂ©conisent le traitement des maladies vĂ©nĂ©riennes par la « fièvre curatrice » Ă partir de bains chauds, ou plus carrĂ©ment (malariathĂ©rapie) par inoculation de psalmodies aux malades, et par « rĂ©glage » de la fièvre par l’administration de quinine.
Avec de 25 Ă 50% de rĂ©ussite, sans antibiotiques qui n’arriveront que 50 ans plus tard !
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Ainsi, René Quinton sépare bien les espèces en 2 catégories:
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les êtres physiologiquement faibles, qui ne savent pas réagir aux variations thermiques.
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les autres : mammifères supĂ©rieurs, dont l’Homme qui a su conforter une capacitĂ© homĂ©othermique moyenne… par l’intelligence de savoir se chauffer et se vĂŞtir, et les oiseaux, selon Quinton, les ĂŞtres les plus Ă©voluĂ©s…
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Et il résume cette certitude dans un principe, la loi de constance thermique : la vie est apparue sur Terre lorsque les conditions thermiques ont atteint 43°.
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La plupart des espèces ont perdu la capacitĂ© de conserver cette tempĂ©rature basale, idĂ©ale pour la vie : ces espèces sont en voie de dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Quelques unes ont conservĂ© et façonnĂ© par l’Evolution une capacitĂ© supĂ©rieure, proportionnelle Ă leur tempĂ©rature : ce sont les ĂŞtres les plus Ă©voluĂ©s.
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Mais RenĂ© Quinton ne peut s’en arrĂŞter lĂ : en effet, si les ĂŞtres les plus Ă©voluĂ©s ont rĂ©ussi Ă garder au sein d’eux-mĂŞmes les conditions thermiques du dĂ©but de la vie, il est logique de penser que les mĂŞmes organismes en auront Ă©galement conservĂ© les caractĂ©ristiques chimiques.
C’est Ă dire qu’en Ă©tudiant les constantes biologiques des diffĂ©rents organismes, on doit pouvoir cerner la composition chimique du milieu originel.
Et sur ce sujet RenĂ© Quinton tombe Ă pic, puisqu’ il peut immĂ©diatement puiser dans les conclusions du grand Claude Bernard.
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Celui-ci, dès 1865 dans « l’Introduction Ă la mĂ©decine expĂ©rimentale« , met en avant l’importance du Milieu IntĂ©rieur: les cellules de l’organisme qui forment des sociĂ©tĂ©s que nous appelons tissus ou organes, sont reliĂ©es entre elles par le liquide qui les entoure, le milieu intĂ©rieur, et dont l’intĂ©gritĂ© est assurĂ©e par des actions rĂ©gulatrices constituant l’homĂ©ostasie.
La fixitĂ© de ce milieu intĂ©rieur EST  la condition d’une vie libre et indĂ©pendante.
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Mais si Claude Bernard a bien mis l’accent sur la fixitĂ© (tempĂ©rature, composition chimique volĂ©mie) du milieu intĂ©rieur, il n’a rien envisagĂ© concernant l’apparition de cette fixitĂ©. Et ces conditions d’apparition, c’est justement l’idĂ©e fixe de RenĂ© Quinton .
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Celui-ci va alors enrichir son hypothèse première, en dĂ©crivant ainsi l’apparition de la vie dans les ocĂ©ans de l’Ă©poque prĂ©cambrienne, dans l’eau de mer Ă 43° : les cellules jusque lĂ individuelles s’organisent pour former des ĂŞtres pluricellulaires.
Et les cellules enferment entre elles un liquide intĂ©rieur qui restera fixe dans sa composition et sa tempĂ©rature : l’eau de mer Ă 43°.
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Et si la loi de constance thermique est valable, on peut lui adjoindre une seconde loi parallèle, la loi de constance marine, formulée ainsi :
« La vie animale apparue Ă l’Ă©tat de cellule dans la mer, tend Ă maintenir pour son haut fonctionnement cellulaire, Ă travers la sĂ©rie zoologique, les cellules constitutives des organismes dans le milieu marin des origines« .
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Ce n’est pas le tout de l’affirmer, il va falloir le dĂ©montrer…
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René Quinton se fixe alors un programme expérimental et en quelques semaines, doit prouver que :
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l’eau de mer n’ est pas toxique ;
-
l’eau de mer peut remplacer l’intĂ©gralitĂ© du milieu intĂ©rieur ;
-
les cellules les plus fragiles de l’organisme, les cellules blanches du sang, y survivent facilement ;
-
la formulation de l’eau de mer va bien au delĂ du sĂ©rum physiologique salĂ© ;
-
l’utilisation de l’eau de mer est bien plus judicieuse ;
-
l’eau de mer constitue un agent thĂ©rapeutique majeur dont il s’ agit de dĂ©terminer les limites d’ utilisation.
Alors René Quinton se met en piste, et là encore, il va faire un parcours sans faute.
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Tout d’ abord une prĂ©cision: si l’eau de mer est concentrĂ©e Ă environ 35g de sels par litre, l’organisme et en particulier le sang, en comportent nettement moins avec 20g pour les (ancĂŞtres) poissons cartilagineux, 10g pour les poissons osseux, 7 Ă 8g pour les mammifères et les oiseaux.
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RenĂ© Quinton ramène donc Ă l’isotonie l’eau de mer qu’il utilise, par adjonction d’eau de source filtrĂ©e (diverses expĂ©riences avec de l’eau distillĂ©e montreront plus tard que l’eau de source, une eau « vivante » et Ă©nergisĂ©e, possède seule les qualitĂ©s requises pour garder les capacitĂ©s naturelles de l’eau de mer). ..
Avec bien sĂ»r une idĂ©e derrière la tĂŞte : si le « milieu intĂ©rieur » des animaux Ă©voluĂ©s est Ă 8g/l de sels… c’est que ce milieu marin originel prĂ©sentait cette concentration, et que les mers se sont enrichies en sels depuis…
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C’est un chien, opportunĂ©ment appelĂ© Sodium, qui sera le premier cobaye de ses expĂ©riences historiques : il pèse 10 kg, mais RenĂ© Quinton lui ponctionne 425 g de sang, qu’il remplace aussitĂ´t par une injection de 532 g d’eau de mer isotonique.
Le choc est rude: fièvre, anĂ©mie… mais au 4ème jour, Sodium engloutit 400 g de viande !
 Seconde expĂ©rience avec une perfusion (attention aux âmes sensibles) de 10,4 litres d’eau de mer en 12 heures ! Comme si, Ă un homme, on injectait 60 litres de sĂ©rum). Le chien urine 9,4 litres, boite un peu… et reprend une activitĂ© normale.
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Pour RenĂ© Quinton , la dĂ©monstration est suffisante: le plasma marin isotonique, grâce Ă sa richesse en Ă©lĂ©ments solubles vitaux (RenĂ© Quinton avance la prĂ©sence de 17 Ă©lĂ©ments minĂ©raux, en proportion et en Ă©tat d’ionisation biotique) est LE liquide physiologique des ĂŞtres vivants.
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Peut-on en faire un liquide thérapeutique ?
Avec la mĂŞme audace qui lui a rĂ©ussi dans ses expĂ©riences sur les chiens, RenĂ© Quinton va montrer devant un corps mĂ©dical Ă©bahi que « son » eau de mer peut constituer un grand mĂ©dicament.
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Pour commencer, il va se faire introduire dans des services d’hĂ´pitaux parisiens oĂą on lui « laisse » utiliser l’eau de mer sur des moribonds.
Le premier est atteint de typhoĂŻde, en plein coma terminal… on s’attend au dĂ©cès Ă tout instant.
Le second est un suicidaire qui a ingĂ©rĂ© de l’acide oxalique. Deux cas dĂ©sespĂ©rĂ©s, deux succès thĂ©rapeutiques.
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Les mĂ©decins, sceptiques mais curieux, ouvrent alors leurs portes Ă RenĂ© Quinton , d’ autant que celui-ci en 1904 publie un « pavĂ© » de 500 pages oĂą il expose sa thĂ©orie marine et ses applications thĂ©rapeutiques.
Il se dĂ©veloppe alors un « courant quintoniste » très puissant et l’eau de mer (puisĂ©e alors au large d’Arcachon, puis rendue isotonique avec de l’eau de source) devient une thĂ©rapeutique admise et encouragĂ©e par de nombreux mĂ©decins.
Elle remplace peu Ă peu le sĂ©rum salĂ© qui, selon le Dr Lecheze, interne Ă l’hĂ´pital St Joseph « est Ă l’eau de mer ce que le bicarbonate de soude est Ă l’eau de Vichy « .
Cette eau de mer a Ă©galement une qualitĂ© paradoxale : elle n’est pas stĂ©rile, elle contient des germes, mais ces germes ne sont jamais pathogènes.
Ainsi, le plasma isotonique est bactĂ©ricide pour les germes pathogènes et biotique pour les germes commensaux (en 2003, la lĂ©gislation sur les solutĂ©s injectables fait qu’on ne peut utiliser en injection ce plasma, sauf s’il est stĂ©rilisĂ© par chauffage… mĂŞme s’il perd alors ses capacitĂ©s biotiques… nous vivons une Ă©poque formidable !).
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Mais l’aventure de RenĂ© Quinton ne fait que commencer…
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En cette pĂ©riode de natalitĂ© dĂ©croissante, alors qu’on a l’Ĺ“il sur la ligne bleue des Vosges, des Ă©pidĂ©mies de cholĂ©ra infantile et de gastro-entĂ©rite des nouveaux nĂ©s emportent plus de 100 000 enfants chaque annĂ©e.
Essentiellement de toxicose et de dĂ©shydratation, pour lesquelles le sĂ©rum salĂ© utilisĂ© n’a pas d’action suffisante.
Pour RenĂ© Quinton, il faut prendre le problème Ă bras le corps: il propose la crĂ©ation de « dispensaires marins » oĂą seraient gratuitement effectuĂ©es des injections d’eau de mer (environ 200 ml en sous-cutanĂ©e) aux enfants malades.
En 1907, le 1er dispensaire, rue de l’ArrivĂ©e est inaugurĂ© par un ministre et le directeur de la SantĂ© Publique. C’est un succès total, et un Ă©vĂ©nement mĂ©diatique mondial.
En quelques mois, un 2ème dispensaire (capacitĂ© : 500 malades/ jour) s’ouvre Ă Paris, puis Toulouse, Lyon, puis dans une dizaine de villes. Des services hospitaliers se reconvertissent.
En Angleterre, aux Etats Unis, en Egypte, le procédé est également mis en pratique.
La célébrité de René Quinton est à son apogée.
MalgrĂ© des dĂ©tracteurs parfois maladroits (« Quinton veut nous faire croire que l’ huĂ®tre est le vĂ©ritable ancĂŞtre de l’ Homme » – Le Salut Public), parfois organisĂ©s (La SociĂ©tĂ© de MĂ©decine dĂ©crète, Ă travers son PrĂ©sident le Dr Dagnat, que « cette mĂ©thode thĂ©rapeutique a Ă©tĂ© créée de toute pièce en dehors du corps mĂ©dical, et que si le grand public s’ y intĂ©resse, c’ est exclusivement dĂ» aux articles de journaux n’ ayant aucun caractère scientifique, et Ă quelques rĂ©clames en faveur de dispensaires spĂ©ciaux créés pour les besoins de la cause « ).
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RenĂ© Quinton gère ses dispensaires avec bonheur et application… jusqu’ en juillet 1914, oĂą, il participe Ă l’effort de guerre, il perd pied avec son Ĺ“uvre.
Démobilisé en 1918, plusieurs fois blessé, il concentre son activité vers de nouveau horizons: le vol à voile et le calcul des profils idéaux pour les ailes et les fuselages.
Pendant qu’il planche sur l’aĂ©rodynamique, les dispensaires vont Ă vau-l’ eau.
D’autant que la saignĂ©e (4 millions de morts, principalement de 18 Ă 22 ans) dĂ©mographique se fait sentir, les naissances sont divisĂ©es pratiquement par 2.
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Quand RenĂ© Quinton meurt en 1925, son Ĺ“uvre est dĂ©jĂ pratiquement oubliĂ©e. Aucun professeur n’enseigne sa mĂ©thode, les antiseptiques chimiques efficaces sont apparus…
De nos jours, plusieurs laboratoires proposent des plasmas marins, hypertoniques ou ramenĂ©s Ă l’isotonie avec des procĂ©dĂ©s divers et des qualitĂ©s de produits diffĂ©rents.
Mais toujours pour une utilisation orale, puisque ces produits pour garder leurs qualités biotiques, ne sont pas stérilisés.
On les utilise donc en appoint, en particulier de cures diĂ©tĂ©tiques, plus qu’en tant que mĂ©dicaments majeurs.
En conclusion, nous reprendrons les termes d’un article paru en 1907 dans l’Intransigeant :
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« Les travaux de Pasteur nous apportaient une conception de la maladie, ceux de RenĂ© Quinton nous apportent une conception de la santĂ©.
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Qu’est ce qu’un sĂ©rum de Pasteur ?
C’est un sĂ©rum particulier Ă une maladie, contre cette maladie.
Qu’est-ce que l’eau de mer ?
C’est un sĂ©rum qui n’attaque aucun microbe en particulier, mais qui donne Ă la cellule organique la puissance de lutter contre tous ».
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Bibliographie
» Le Secret de nos origines » AndrĂ© MahĂ© – Editions le Courrier du Livre. 1990.
» L’Eau de Mer, Milieu Organique » RenĂ© Quinton – Editions Encre. 1995.
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…Page suivante : la Lysine  (suivi du millepertuis et de la Co-enzyme 10)
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